Micheline MANSION

Micheline MANSION

 

Mardi 24 décembre 2019 – CLERY-sur-SOMME

 

C’est avec tristesse qu’aujourd’hui, veille de Noël, nous sommes réunis auprès de la famille de Micheline MANSION, notre Présidente UNADIF-FNDIR de la Somme, afin de lui rendre hommage.

 

 Micheline MANSION est née le 4 avril 1923 à WERWICQ  Sud, près de la frontière belge. Elle suivait ses études à Lille, quand elle a été arrêtée le 9 octobre 1941. En fait il s'agissait d' une erreur car c'était sa soeur qui était recherchée par la police allemande. Cette soeur était professeur d'anglais à Béthune. Comme elle était mariée, elle n'habitait plus dans la maison familiale.

 

Micheline Mansion a été arrêtée par l'Abwehr (et non par la Gestapo), l’ABWEHR  venue arrêter  une personne de sexe féminin. Sa mère venait de se faire opérer, mais son père était présent lors de son arrestation.  Douanier, il aidait la Résistance. Les membres de l'Abwehr ont fouillé la maison et ont trouvé dans sa chambre des tracts ainsi qu'un petit cochon portant la tête d'HITLER et des croix de Lorraine.

 

Elle est emmenée à la prison de LOOS (près de Lille), puis est emprisonnée en Allemagne le 10 décembre 1941. Elle a connu les prisons forteresses de WUPPENTHAL, ANRATH et BAD-KREUZNACH  (près de TREVES).

Ces prisons forteresses, sous l’autorité des S.S., illustraient le régime de la déportation : isolement (elle était seule dans sa cellule jusqu’en avril 1942 , enfermement, appel au poteau des fusillés, froid, faim. Elle ne recevait ni les colis ni les lettres de ses parents. Ensuite elle a été mise dans une cellule de 5 personnes.

 

Grâce au maire de TROYES elle est libérée avec d'autres détenues. Un recours a été fait et les Allemands se sont aperçu "qu'il y avait erreur sur la personne." De ce fait elle a été rapatriée. Sur 800 personnes parties en Allemagne, 72 sont revenues.

 

A METZ la Croix Rouge les attendait pour les envoyer à PARIS, où on leur a dit : " Vous êtes libres, vous partez". Elle a dû signer un registre.

 

 Le 15 août 1942 elle est seule à PARIS, sans argent ni aussweis (laissez-passer) . Avec cinq autres détenues elle retourne au siège de la Gestapo pour réclamer un billet de train pour Lille, qu'elles obtiennent. C'était une forme d'inconscience. Elle a alors retrouvé sa famille. Son père lui a interdit de se livrer à toute activité liée à la Résistance. Elle venait en Picardie à bicyclette pour y trouver du ravitaillement. C'est ainsi qu'elle fait la connaissance d'un jeune homme, qui allait devenir son mari. Micheline MANSION a alors repris ses études pour obtenir son baccalauréat, puis devenir monitrice d'enseignement ménager avant d'être titularisée comme professeur de mathématiques et de sciences dans l'enseignement technique.

 

En 1968 elle enseigne à Péronne, puis en 1973 elle est adjointe au chef d'établissement de la Cité Scolaire de Péronne, responsable des classes de CEP et de BEP.

 

A sa retraite, elle vient habiter à Amiens et se rend dans de nombreux établissements scolaires pour faire connaître son expérience de la déportation.

 

Elle est membre du jury du Concours National de la Résistance  et de la Déportation et achète de nombreux livres pour la remise des prix.

 

Elle est aussi Vice - Présidente et Secrétaire de l'ADIF de la SOMME. Elle participe à toutes les manifestations patriotiques du département ainsi qu'aux congrès nationaux de l'UNADIF-FNDIR, où elle a su lier des liens d'amitié avec de nombreux déportés de toute la France.

Elle s'implique beaucoup dans la vie sociale car elle est aussi membre de la commission du groupe de Retraités du Syndicat F.O. de la Somme et du Comité de Quartier de Saint Roch, à Amiens.

 

Micheline Mansion est Chevalier dans l'Ordre national de la Légion d'honneur, dans l'Ordre national du Mérite et dans l’Ordre des Palmes académiques. Egalement titulaire des Médailles de l'Internement et de la Déportation.

 

Le 21 mars 2015, suite au décès d’André Sellier, elle devient  Présidente de l'ADIF de la SOMME, fonction privilégiée pour lui permettre de contribuer à oeuvrer au Travail de Mémoire. Cette fonction n’était pas sa seule activité. En effet elle apporte son concours à de nombreuses Associations.

 

Comme sa santé devient fragile, elle quitte son cher AMIENS  pour DINAN, près de chez son fils, tout en continuant à diriger l’ADIF. La nécessité d’un changement de banque l’obligerait à venir signer des papiers à VILLERS-BRETONNEUX C’est pourquoi elle est devenue Présidente d’Honneur de notre association. Je lui succédais à la présidence.

 

La vie de Micheline MANSION a été marquée par une double vocation : elle était résistante dans l’âme et enseignante, ce qui l’a conduit à parler de son expérience de la déportation dans de nombreux établissements scolaires. Pour elle œuvrer au travail de mémoire constituait une ardente obligation.

Elle a toujours été près des jeunes, ses élèves, anciens élèves ou sa famille proche qui voyageait aux quatre coins du monde. C’est avec beaucoup d’émotion et de plaisir qu’elle montrait les photos de sa famille. Elle aimait beaucoup les jeux de société, les jeux à la télévision ou les parties de scrabble, le dictionnaire figurait toujours en bonne place sur sa table.

 

 Enfin l’image que beaucoup d’entre nous garderons en mémoire, en quelque sorte un symbole pour les gens du NORD : celle de la cafetière et de cette question qui constituait une sorte de rituel : « Veux-tu un café ? » C’est pourquoi je vous propose par la pensée de prendre un dernier café avec elle.

 

Aline Tévenart, Présidente de l'UNADIF-FNDIR de la Somme

Michel Caussin, Secrétaire-Trésorier de l'UNADIF-FNDIR de la Somme

 

 

(Photo UNADIF-FNDIR 80 : au centre, assise, Micheline Mansion, en mai 2015 lors de sa remise de la Croix de Chevalier dans l'Ordre national de la Légion d'honneur)