Général Robert TAUREAU

 

   Le Général Robert TAUREAU nous a quittés au mois d’octobre 2011.
En hommage à sa mémoire, nous publions ici l’homélie prononcée à Saint Quay-Portrieux par François PERROT, Président de l’UNADIF.


“Nous voici réunis pour rendre un dernier hommage à notre ami, le Général Taureau.
Il fut un patriote exemplaire et un grand serviteur de notre pays, en temps de paix comme en temps de guerre, puis un militant du devoir de mémoire et, en tout temps, un homme de qualité, d’une grande rigueur intellectuelle et morale, tout en étant à l’écoute de son prochain.
Très jeune, gaulliste instinctif, il refuse la défaite et l’humiliation de la France.
Dès 1941, âgé de 18 ans, il adhère au Mouvement Défense de la France. Il assure notamment le transport du journal clandestin entre Paris et Orléans.
En 1942, il fait partie du réseau TURMA-VENGEANCE et devient agent du BCRA.
Il recueille des renseignements sur la Wehrmacht, recherche des terrains de parachutage et d’atterrissage.
Mais, en janvier 1944, la Gestapo, alertée par un traître, sévit. Ce fut l’incarcération à la prison d’Orléans et les interrogatoires musclés pendant trois semaines, puis le parcours classique : Compiègne – Royallieu et le départ pour l’Allemagne dans des wagons à bestiaux surpeuplés, l’arrêt à Novéant et le déshabillage intégral : ce lieu a été, pour beaucoup de déportés, la marque du passage de la civilisation à la barbarie.
Puis, le 6 avril, ce fut l’arrivée à MAUTHAUSEN, en Autriche annexée. Il y reçoit le matricule 63204. Pendant quelques semaines, ce fut le travail dans la tristement célèbre carrière de granit et les conditions de vie, ou plutôt de survie, bien connues de l’univers concentrationnaire….
Vint ensuite l’affectation au Kommando de Linz 3, qui relevait des HERRMANN – GOERING – WERKE.
Le 4 juillet, les usines furent bombardées par l’aviation alliée : une quarantaine de morts, de nombreux blessés. Robert ne figure pas parmi les victimes ! C’est le facteur chance, indispensable à la survie ! Malgré une pleurésie. Il fallut ensuite reconstruire les usines détruites, puis rétablir la voie ferrée Linz – Vienne bombardée jour et nuit.
Enfin, le 5 mai 1945 arrivèrent les Jeeps américaines et, le 20 mai, ce fut le retour en France….dans des wagons à bestiaux.
En convalescence jusqu’en mai 1946, le Sous-lieutenant Taureau reste dans l’armée et fonde une famille. Se déroule alors une belle carrière, commencée dans l’infanterie, achevée dans l’intendance et le commissariat, avec de nombreuses affectations : Indochine, Algérie, Maroc, Allemagne et aussi, bien sûr, Métropole.
Puis la retraite arrive avec le grade de Commissaire Général de Division.
Robert n’a jamais oublié la Résistance et la déportation, ni ses camarades dans l’honneur et dans la misère. Membre de nos associations, il en devint rapidement un administrateur écouté. Il fut aussi Rédacteur en Chef de notre revue « le Déporté ».
Aussi, lorsque Pierre Eudes, Secrétaire Général de l’UNADIF et de la FNDIR, mourut, ce fut en moins de cinq minutes de concertation que Roger Joly et moi décidâmes de proposer à Robert de lui succéder. Après vingt-quatre heures de réflexion, celui-ci accepte avec son dévouement habituel. Il nous a beaucoup aidés de ses conseils éclairés et devient un ami.
Il fut très tôt un adepte du devoir de Mémoire, qu’il pratiqua à la fois à Paris et en Bretagne, notamment dans le cadre du Concours national de la Résistance et de la déportation.
Il était très lié à Maurice Pellan. C’est cet ami, aux grandes qualités humaines que nous pleurons aujourd’hui.
Il y a trois ans, il fut très éprouvé par la mort de sa chère épouse Marie-Madeleine.
C’est avec une amicale compassion que nous avons suivi l’évolution de son état de santé et le courage avec lequel il a lutté contre la maladie.
Au printemps dernier, j’ai eu le privilège d’assister, avec sa fille, si dévouée, à une petite cérémonie très émouvante. C’était lors de son dernier séjour au Val-de-Grâce, dont Madame Odette Christienne, Conseiller municipal de Paris chargée des relations avec l’Armée, a profité pour venir lui remettre, sur son lit d’hôpital, la Grande Médaille de Vermeil de la Ville, que son état de santé ne lui avait pas permis de recevoir lors de nos congrès parisiens.
Je pense que ce geste délicat l’a beaucoup touché !
Il était titulaire de nombreuses décorations : Commandeur de la Légion d’Honneur, Croix de Guerre 39-45 et TOE, Médaille de la Résistance française, notamment.
Robert Taureau fut un des meilleurs d’entre nous c’était un homme de bien ! Il restera pour nous un modèle que nous n’oublierons pas !”


Homélie prononcée aux obsèques le 3 novembre 2011

 

François PERROT

UNADIF