Henri MAÎTRE

Henri MAÎTRE

 

Henri MAÎTRE, Déporté-Résistant, nous a quittés le 18 février, dans sa 98ème année.

C’est une immense tristesse pour notre Union UNADIF – FNDIR d’annoncer le décès d’Henri MAÎTRE, il est parti paisiblement et entourés des siens.

Figure historique et symbolique de notre Union, Vice-Président du CRDIR (Conseil représentatif des Déportés et Internés de la Résistance) UNADIF – FNDIR, Henri va laisser un grand vide parmi nous tous, tant ses convictions, son inlassable travail pour la mémoire de la Résistance et de la Déportation auprès de la jeunesse, son amabilité, sa gentillesse et son sens relationnel étaient grands.

En Mai 2013 Henri Maître a pris la parole à Mauthausen devant le Président de la République d’Autriche, en surmontant la douleur et le poids des souvenirs, terrassé par l’émotion, puis scella six messages, dont le sien, dans une capsule placée dans un mur.

Ces messages de paix et d’espoir dans l’homme, seront lus dans 50 ans (2063).

L’UNADIF- FNDIR, son Président, tous les membres du Conseil d’Administration, du Bureau National et du CRDIR, et tous les membres, adressent leurs condoléances très attristées à son épouse Denise, ses filles et sa Famille.

Nous n’oublierons jamais notre ami Henri MAÎTRE

Les obsèques de notre ami auront lieu lundi 22 février 2021 à Yenne.

 

 

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Le Matricule 60 217 du camp de MAUTHAUSEN nous a quittés

Henri Maître né en 1923 est entré en résistance à 17 ans.

En 1940 il habitait chez ses Parents à Caluire (Rhône).

Il a entendu à la radio l’appel du Général de Gaulle en compagnie de son Père, quand le Général eut fini de parler, son Père lui a très simplement dit « Tu sais maintenant où est ton devoir ».

Voici comment il est entré en résistance.

Il a commencé par distribuer des journaux et des tracts, ensuite un de ses amis qui avait accepté d’être engagé comme radio dans un réseau de résistants fut arrêté par le Allemands. Après cette arrestation le réseau a demandé à Henri d’aller récupérer des documents chez son ami pour les soustraire à la traque de la Résistance par les Allemands.

En 1943 les soldats allemands, comme les gendarmes de Vichy, traquaient les jeunes pour les envoyer de l’autre côté du Rhin pour travailler dans les usines d’armement allemandes (le STO).

Il rejoint alors la Savoie et va à la caserne CURIAL à Chambéry où des Slovènes, incorporés de force dans l’Armée allemande, veulent déserter.

Henri choisit alors un patronyme passe partout, le prénom EMILE.

Il est chargé d’organiser les Slovènes qui ont déserté pour se cantonner dans une grange du maquis de Queboutanne (Savoie). Il devient Chef de ce maquis où ils vont vivre durant 6 mois.

Puis les Allemands envahissent le plateau guidés par un traître.

La Résistance alertée fait évacuer les Slovènes vers un autre maquis du département de l’Ain.

Emile reste sur place dans une ferme de la grand-mère de sa future épouse. Le 29 Janvier 1944 il est arrêté sur place par les Allemands qui sont arrivés avec le chef de la Gestapo de Chambéry et l’ont emmené à Chambéry pour interrogatoires.

: " La Gestapo me montre des lettres de dénonciations écrites par des Français, puis ensuite les tortures durant 6 interrogatoires sans résultats.

Ensuite je suis transféré en train au Camp d’internement de Compiègne-Royallieu puis départ pour l’Allemagne dans des wagons à bestiaux, entassés à 100 par wagon. Le voyage durera 3 jours et 3 nuits. Le convoi s’est arrêté dans une gare sur laquelle on pouvait lire MAUTHAUSEN.

Nous sommes descendus à coups de crosse.

Nous avons été emmenés vers dans une forteresse. Dès notre arrivée dans le camp nous avons été tondus et désinfectés, puis on nous a expliqué le règlement du camp, les gardes avaient droit de vie ou de mort sur nous.

Il y avait une carrière où il fallait gravir 186 marches inégales pour arriver au lieu de travail.

Par la suite je suis envoyé à « GUSEN 1 », une usine fabricant les avions Messerschmitt, les premiers chasseurs à réaction. J’ai été affecté au bloc du contrôle.

Puis vint le jour de la Libération par les Russes, j’étais épuisé. J’ai été rapatrié avec 9 autres déportés par les Canadiens, j’ai fait un séjour à l’Hôpital Claude Bernard à Aubervilliers, ce qui m'a sauvé du typhus. "

 

L’ancien patron de l’étonnant maquis slovène installé au coeur de la Savoie, s’est muré dans le silence, ne confiant ses souvenirs et ses blessures à personne.

 

De retour à une vie normale le déclic est venu plusieurs années plus tard alors que la longue cohorte des survivants diminuait.

Avec l’enthousiasme et la persuasion d’une enseignante Henri retourna à Mauthausen pour faire visiter le camp à ses élèves.

Le 5 Mai 2013 un autre retour à Mauthausen fut encore plus poignant devant le Président de la République d’Autriche et plusieurs autres personnalités. Henri Maître a pris la parole surmontant la douleur et le poids des souvenirs, puis terrassé par l’émotion il laissera son épouse Denise achever la lecture du message.

A l’issue de la cérémonie six messages scellés dans une capsule ont été placés dans un mur.

Messages de paix et d’espoir dans l’homme, seront lus dans 50 ans (2063).

Durant toute sa vie il a témoigné devant de nombreux élèves pour leur transmette les valeurs de l’homme et défendre ses frères humains.

 

 

Il s’est considérablement investi dans les associations patriotiques :

- Président départemental de UNADIF-FNDIR de la Savoie depuis 2001

- Administrateur national de UNADIF-FNDIR depuis 2004

- Vice-Président national de UNADIF-FNDIR depuis 2008

- Vice-Président national du CRDIR UNADIF-FNDIR

 

 

Décorations :

- Officier dans l'Ordre national de la Légion d’Honneur, médaille militaire, croix de guerre 1939-1945 avec palme, médaille de la Résistance française, croix du combattant volontaire, croix du combattant volontaire de la Résistance, croix du combattant, médaille de la déportation pour faits de Résistance.

 

 

Photo D.R. Le Dauphiné libéré : Henri Maître témoigne devant les élèves savoyards