Gérard LARRERE

« Gérard,

Ainsi te voilà parvenu au terme du voyage. Il a été long, éprouvant mais glorieux. Tu fais partie de ces hommes dont la rectitude morale et le respect des valeurs essentielles ont tracé la ligne de vie.

La tienne est particulièrement exemplaire car elle a traversé le tumulte d’une guerre sans merci où tu t’es distingué par des actions exceptionnelles. »

Ce préambule du bref éloge funèbre, que j’ai été amené à prononcer lors de ses obsèques, résume la personnalité de Gérard Larrère.

Issu d’une famille modeste trop tôt frappée par la disparition de son chef mais où sa mère lui enseigne la dignité et le sens du travail, il se consacre aux rudes tâches agricoles jusqu’en 1939. Mobilisé, l’effondrement du printemps 1940 le révolte, d’autant qu’il est fait prisonnier dans les Vosges.

C’est alors que commence sa lutte contre une captivité qu’il ne peut accepter. Elle va se traduire par une quadruple tentative d’évasions, résumées ci-après.

La première, en Octobre 1940, le voit s’échapper de son lointain Kommando d’Oldenbourg, proche de la frontière danoise, voler bicyclette et habits civils et pédaler allègrement pendant 10 jours vers la frontière hollandaise où il est finalement repris à Arnhem. Coût : 126 jours de cellule où ne fera que mûrir son goût de l’évasion.

La seconde, en mai 1941, effectuée dans les mêmes conditions, ne durera que quelques jours ; matraqué il est ramené au camp avec jugement immédiat, il connaît à nouveau la prison, bien résolu à profiter d’une prochaine occasion.

Elle se présente lors d’un transfert vers un camp disciplinaire en Pologne. Dans la région de Berlin, il saute du train et se perd dans la foule. Avec le peu d’argent dont il dispose, il se procure un billet de chemin de fer en direction de l’Ouest et franchit la frontière belge, près d’Aix-la –Chapelle…pour être finalement repris à Liège ! Durement traité par les Allemands, il est interné dans un camp disciplinaire. Il purge sa peine et, le 3 mai 1942, le démon de l’évasion le reprend.

Cette quatrième sera la bonne et, grâce à la complicité de cheminots belges et d’un officiel français chargé du rapatriement de malades, il intègre un convoi qui le dépose, sans encombre cette fois, à Châlons-sur-Saône. A l’issue d’un séjour de quelques mois passés chez un camarade, prisonnier rapatrié, il se refait une petite santé et regagne Bordeaux à l’automne 1942. Après s’être reconstitué une nouvelle identité moyennant quelques faux papiers, il envisage alors de rejoindre l’Afrique du Nord mais l’un de ses amis l’en détourne et il devient, grâce à lui, un agent du réseau Gallia, le 1er juin 1943. Malheureusement, il est arrêté avec 21 autres membres le 9 octobre de cette même année.

Il sera interné au Fort du Hâ et déporté à Buchenwald. Au kommando de Laura, où sont assemblés V1 et V2, il connaît l’effroyable condition des morts-vivants du régime concentrationnaire auquel il survit grâce à une résistance physique et une volonté exceptionnelles.

Devant l’avance des armées alliées, les Allemands organisent alors un convoi de déportés vers le sud ; il saute de son wagon, de nuit, et réussit à trouver une cache. Vivant de bouteilles de lait, que les fermiers laissaient au bout des chemins et de pousses de betteraves, évitant les grandes routes, il remonte le Danube jusqu’à Ratisbonne. Dans le chaos monstrueux de l’Allemagne en déroute il rencontre enfin des éléments de l’armée de Patton ; retapé sommairement, rééquipé vestimentairement et largement pourvu de vivres, ils lui donneront un vélo pour satisfaire sa demande et c’est dans cet équipage qu’il parvient à la frontière française à Wissembourg.

En ce printemps radieux de 1945 il retrouve sa mère, sa femme et sa toute petite fille. Le bonheur est enfin au rendez-vous. Il obtient un emploi puis, son épouse étant mutée à Yaoundé, ils partent au Cameroun en 1950 jusqu’à l’indépendance de ce pays, en 1962. Retour en France où son travail et son sérieux lui valent une qualification et un poste d’ingénieur à la Société d’Equipement du Territoire (SCET). C’est ainsi qu’en 1985 il prend enfin une retraite bien méritée à Andernos. Un bonheur paisible l’y attend jusqu’en 2002 où la maladie de son épouse vient l’altérer jusqu’à sa fin en 2008.

« Cher Gérard, que la vie te soit douce là où Dieu t’a reçu. Ton existence sur cette terre aura été un exemple de courage et de droiture ; tu l’as dit toi-même : « c’était la chance, il fallait avoir une bonne étoile ». Puisse, ton étoile, briller avec éclat dans l’Eternité ! »

 

Roger JOLY

ADIF de Gironde

 

 


Gérard Larrère était Officier dans l’Ordre national de la Légion d’Honneur,

Titulaire de :

La Croix de Guerre avec palme,

La Médaille de la Résistance,

La Médaille des Combattants Volontaires de la Résistance,

La Médaille des Evadés,

La Médaille de la Déportation.

 

Il fut Président de l’ADIF / FNDIR de la Gironde pendant douze ans,

de 1985 à 1997, et Administrateur national de la FNDIR.