André SELLIER

 

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André Sellier, Déporté-Résistant

 

Très triste nouvelle, d'apprendre le décès de Monsieur André Sellier, président de l'ADIF-FNDIR de la Somme (80), dont les écrits sur la déportation sont des Références dépassant nos frontières.

Personnage important dès la création de l'ANDIR, puis de la FNDIR en 1945 puis de l'UNADIF en 1950, André était très attaché au respect de la Vérité historique.

Son parcours avait fait de lui un acteur – la Résistance, la déportation –, un citoyen engagé – diplomate –, un homme de réflexion – historien.

Né à Amiens en 1920, professeur d’Histoire, premier au nouveau concours de recrutement (CAPES), André s’était engagé dans la Résistance en juin 1943 au sein du mouvement Libération-Nord. Il fut déporté à Buchenwald en janvier 1944 puis, transféré au sinistre tunnel de Dora. Évacué par une marche de la mort vers Ravensbrück en avril 1945, il fut libéré le 2 mai à Karow.

Après son retour de déportation, il passe le concours de l’ENA, il est Major de la promotion Jean Moulin en 1947, il entame une brillante carrière diplomatique.

À la retraite, il revient à ses activités d’historien en publiant avec son fils Jean un Atlas des peuples d’Europe centrale (La Découverte, 1991) puis un volumineux ouvrage Histoire du camp de Dora (La Découverte, 1998). Deux livres qui font toujours référence aujourd’hui.

 

André Sellier est décédé dimanche 1er février 2015 à son domicile de Salouel dans La Somme, dans sa 95ème année. Il a été inhumé vendredi 6 février dans le village de Salouel.

 

André était Officier dans l'Ordre national de la Légion d'Honneur, titulaire de la Croix de guerre 1939-1945, de la Médaille de la Déportation pour faits de Résistance.

 

L'UNADIF et la FNDIR renouvellent leurs plus sincères condoléances attristées à ses enfants, petits-enfants et à toute sa famille, ses amis et aux membres de l'ADIF-FNDIR de la Somme.

 

Gérard BOCQUERY secrétaire général adjoint de l'UNADIF

 

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Allocution de Monsieur Michel CAUSSIN, Trésorier de l'ADIF-FNDIR de la Somme, prononcée lors des obsèques d'André SELLIER, le vendredi 6 février 2015 à Salouel (80) :

 

"Jean et Caroline parlent  de la vie professionnelle et personnelle de leur  père, qui a connu plusieurs vies.

Je souhaiterais dire quelques mots sur sa déportation. Il est difficile d'évoquer le destin d'André Sellier sans faire référence à celui de son père Louis Sellier. André écrit ces quelques lignes en préface de son livre "Histoire du camp de Dora" : "A la mémoire de mon père, arrivé sur le front, aux Eparges, en avril 1915, le jour de ses vingt ans, sorti du camp de Buchenwald en avril 1945, le jour de ses cinquante ans, et à celle de tous mes camarades de cette génération meurtrie". 

André Sellier a été arrêté le 3 août 1943 à Caen par la Gestapo, le lendemain de l'arrestation à Amiens de Louis Sellier, son père, et de Daniel Chlique, son beau-frère.

Louis Sellier était un menuisier syndicaliste connu. Il était responsable pour la  Somme du mouvement de résistance Libé-Nord. Daniel Chlique, élève de l'Ecole des Mines, était membre du même réseau que Louis Sellier.

L'arrestation d'André est due au hasard. Le matin du 2 août la Gestapo a arrêté Louis à son domicile d'Amiens. Daniel était passé chez lui pour un ressemelage de chaussures. Comme Daniel n'avait aucun lien de parenté avec Louis, les allemands ne se sont pas posés de questions : ils ont envoyé la Gestapo de Caen pour arrêter André,  qui  se trouvait chez ses beaux-parents. 

D'août 1943 à la veille de Noël, tous trois sont restés à la prison d'Amiens. André et Daniel passent par Compiègne pour être déportés à Buchenwald les 17 et 24 janvier 1944.  André part à Dora tandis que Daniel est dirigé à Mauthausen puis à Gusen. Louis, après l'opération Jéricho, connait la citadelle d'Amiens, Compiègne et Auschwitz avant de rejoindre Buchenwald. 

André arrive à Dora le 11 février 1944, où il est affecté dans un Kommando d'électriciens, puis de Kontrolle jusqu'à l'évacuation d'avril 1945. André aimait beaucoup plaisanter sur les compétences en électricité d'un professeur d'histoire, soudainement promu spécialiste des gyroscopes. Il avait coutume de dire  que ses chefs étaient encore plus ignorants que lui dans ce domaine.

Il est resté de longs mois dans le Tunnel, dormant dans des dortoirs souterrains dans  des conditions d'hygiène épouvantables. En mai 1944 la construction du camp a rendu les conditions de vie plus supportables.

Dora était un véritable enfer pour les détenus. A l'origine c'était un Kommando de Buchenwald. Dora deviendra l'un des plus grands camps de concentration nazis. Dans cette grande usine souterraine les détenus fabriquent les V2, l'arme secrète mise au point par les savants allemands, et en particulier par Werner von Braun.

 

 

André Sellier, dans son livre "Histoire du camp de Dora", décrit les conditions de vie dans le camp avec la rigueur intellectuelle d'un historien.

A la fin de la guerre l'avance des Américains et des Britanniques menace les camps de Buchenwald, Dora et Bergen-Belsen. Les SS décident de transférer les détenus au camp de Bergen Belsen où le typhus fait ses ravages. André , en tant que spécialiste, va à Ravensbrück , puis est évacué à pied vers  l'Ouest.

Il est libéré par les russes à Karow.

Il rentre en France fin mai 1945. Louis est rentré de Buchenwald depuis un mois. Quant à Daniel, il est libéré du camp de Gusen, en Autriche.

 

Jean et Caroline retracent   la vie professionnelle et personnelle d'André : son admission à l'Ecole Nationale d'Administration, son rôle de fonctionnaire spécialisé dans le commerce extérieur à l'étranger et en France, leur travail en commun pour la réalisation des atlas historiques.

 

A la fin de sa carrière professionnelle, André n'a pas pris véritablement de retraite mais s'est investi dans de nouvelles activités. Il a écrit de multiples articles sur l'histoire de la déportation. Il a apporté son concours précieux à la réalisation du Centre d'Histoire et de Mémoire La Coupole, près de Saint-Omer.

Son oeuvre essentielle a été la conception et la rédaction de l'Histoire du camp de Dora. Ce livre n'est pas qu'un livre de témoignage autobiographique. Il est à la fois analyse synthétique des publications historiques et recueil de témoignages.

A la question : " As tu privilégié l'historien, le témoin ou l'acteur ?", Sa réponse était : "Je suis historien, mais le fait d'avoir vécu ces évènements me sert à être au plus proche de la vérité".

André a fait la rencontre de nombreuses personnalités exceptionnelles. Il était très proche de deux personnalités qui ont connu le camp de Dora : Louis Garnier et Stéphane Hessel. Avec Louis Garnier il a beaucoup contribué au travail de mémoire. Etant à l'Ambassade d'Alger comme Conseiller commercial, il avait eu Stéphane Hessel comme collègue chargé de la Coopération. Il parlait avec émotion de cette rencontre et il est légitime d'établir des parallèles entre leurs personnalités : le sens de l'écoute, la bienveillance, le souci de la justice et le sens de l'humour.

Ses qualités, il les a mises au service des anciens déportés.

Son père , Louis, après sa déportation, est redevenu menuisier à Amiens , et aussi un militant syndicaliste et socialiste reconnu. Il a été jusqu'à sa mort le président de l'ADIF de la Somme. André, revenu en Picardie, en est devenu le président après le décès de Maurice Thuillier en 1995.    

Il participait aux cérémonies patriotiques parallèlement à ses activités d'historien de la déportation, historien reconnu en Europe et aux Etats-Unis.

Historien, telle était la vocation d'André. Il pouvait parler de l'histoire des peuples les plus méconnus, qu'ils soient d'Europe, du Proche-Orient ou d'Afrique. Sa connaissance très précise de la géographie et de l'actualité rendaient ses présentations passionnantes. Sa maison était véritablement habitée par les livres, les brochures et les journaux. Il n'était pas un intellectuel retranché dans le monde du savoir. Par dessus tout il aimait les gens. Quand madame Sellier est décédée, il avait l'habitude de déjeuner au restaurant. Il n'était jamais seul à table car des voisins de table  lui demandaient de se joindre à lui, ce qu'il acceptait bien volontiers.

 

Pour tous ceux qui l'ont connu une image demeurera : celle de son sourire, sourire  malicieux porteur de tant d'amitié et d'affection."

 

 

 

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