André MONCHABLON

André MONCHABLON

 

André Monchablon, Déporté-Résistant, nous a quittés dimanche 21 février 2021 à l'âge de 100 ans.
 
Les obsèques auront lieu vendredi 26 février 2021 à 10h en l'église de l'Assomption de Six-Fours.
 
 
Né le 11 juin 1920.
Déporté à l'âge de 23 ans, en Autriche à Mauthausen, André Monchablon intervenait une dizaine de fois par an, dans les collèges et lycées du département dans le cadre du CNRD. Il veillait également sur le Mémorial de la Déportation, aux Lices.
 
ANDRÉ MONCHABLON, RESCAPÉ DES CAMPS ET PRÉCIEUX TÉMOIN vient de disparaître !
 
Libéré en mai 1945 du camp de Mauthausen, en Autriche, le président du Mémorial de la Déportation aurait eu 101 ans le 11 juin prochain.
Il racontait comment il a survécu à l'horreur du régime nazi.
Le 6 mai 1945, à 14h02 : les soldats américains libéraient le camp d'Ebensee, à 100 km de Mauthausen, en Autriche.
Parmi les (rares) rescapés, encore vivants, il y avait André Monchablon.
 
Déporté à l'âge de 23 ans.
Convoi n° 156. Matricule : 28 353.
« J'ai passé 45 jours à la prison de Chalon-sur-Saône, avant d'être transféré à Dijon, puis au camp d'internement de Compiègne, d'où partaient les trains, avec les Français déportés », retrace-t-il, assis sous la voûte du Mémorial de la Déportation, aux Lices.
 
« Ne jamais oublier »
Dix à douze fois par an, ce retraité du spectacle (membre du jury du CNRD83), vivant à Six-Fours, intervenait dans les collèges et lycées du Var pour livrer son récit.
Raconter « ce qu'était » le régime nazi.
La torture, la dureté des camps, les chambres à gaz...
« Après la libération de Mauthausen, nous avons fait le serment de ne jamais oublier ».
 
Du collège Puget au lycée Dumont d'Urville, André Monchablon dénouait , inlassablement, le fil de sa vie. Celle d'un gamin, né à Nancy qui gagna ses premiers francs dans un atelier de confiserie. Avant d'en claquer la porte - « le patron me payait 40 francs par semaine, et n'a pas voulu m'augmenter » - et de s'engager dans l'armée.
 
Il a 18 ans et fait son service au Mont-Valérien, en région parisienne. « En 1939, j'étais caporal dans la 3e armée. J'ai participé, en 1940, à la bataille des Ardennes, avant d'être placé sous les ordres du général Delestrain - fondateur de l'Organisation de Résistance de l'Armée -, à Bourg-en-Bresse ».
 
« J'y pense presque toutes les nuits »
 
En 1943, la chance lui sourit. André décroche 50 000 francs, à la loterie. « C'était inouï », confie-t-il.
Le 28 février 1943, sa famille l'attend à Nancy, en tenue de noce. « Je devais me marier à 11 heures, avec une jeune fille que j'avais connue, à l'âge de 16 ans. Mais à Châlon, les Allemands ne m'ont pas laissé passer... Le 28, à 22 h, j'ai donc traversé, en barque, la ligne de démarcation, avec 200 000 francs en liquide ! Les officiers ont attendu que j'arrive à la gare pour m'arrêter. Quand ils ont vu la valise, pleine d'argent, ils ont tout de suite cru que j'allais ravitailler le maquis de Lorraine », en rigole-t-il, 70 ans plus tard.
 
Envoyé dans l'enfer de Mauthausen, après l'interrogatoire musclé de la Gestapo, André Monchablon pourrait décrire ces deux années d'horreur dans les moindres détails. « On travaillait douze heures par jour, quel que soit le temps. Nous avons creusé des tunnels, construit des usines, réparé des missiles V2. Dans le meilleur des cas, on nous servait un bol d'orge. Sinon, on mangeait des escargots crus, des pignons, du pissenlit ou du rutabaga », raconte-t-il, encore hanté par cette terrible guerre. « Avant l'arrivée des Américains, à Ebensee, 4 000 prisonniers sont morts, un mois avant. Le conflit de 39-45 a marqué ma vie et j'y repense, presque toutes les nuits ».Comme un atroce cauchemar, dont il n'a jamais réussi à se débarrasser...
 
L’un des derniers survivants de Mauthausen, dont il avait connu les kommandos de Wiener-Neustadt, Schlier-Redl-Zipf et d’Ebensee.
 
La vie de ce jeune confiseur, renvoyé par un patron yougoslave peu scrupuleux, est bouleversée par l'entrée en guerre. Engagé quelques mois plus tôt au sein du 8ème Génie, au Mont Valérien, André devient chef des poste-radios aux Invalides, avant de partir dans les Ardennes. Alors au sein du 119ème Régiment d'Infanterie, André reçoit en pleine jambe un éclat d'obus.
 
Désormais « grand invalide de guerre », André est rapatrié à l’hôpital de guerre de Bar-le-Duc dans lequel il reste trois mois, avant d'être transféré à l'hôpital Purepan. C'est alité qu'André apprend la signature de l'armistice.
 
[Extrait] : "Sans l'aide de mes quatre radios, je commence par réceptionner les messages codés, confiés par des « supérieurs » et les retranscrire. De plus, j'écoute les lignes des radios « zélés » faisant passer des informations à l'occupant. Ceux qui me côtoient me voient transporter les postes émetteurs, comme avant-guerre... Une activité assez suspecte en cette période !"
 
"Dans la Résistance, les femmes les plus merveilleuses sont les filles de bordel, notamment celles rue de Nabecor, entre l’hôpital et Vandoeuvre. Regardant furtivement numéro et nom du SS "client", elles m'obtiennent de précieux renseignements Malgré la pauvreté et la misère, les filles de la rue de Nabecor, n'ayant rien à perdre, se sont dévouées pour notre cause. Elles qui étaient traitées comme des pestiférées méritent le respect, elles ont été formidables !"
Régulièrement de passage en zone sud, André décroche pendant l’un de ses séjours 50 000 francs, à la loterie… quelques jours avant son mariage. Ne pouvant passer dans l’autre zone, André est contraint de traverser clandestinement la ligne de démarcation, traversée pendant laquelle il est arrêté, avant d’être transféré au camp d’internement de Compiègne-Royallieu. C’est par le convoi 156 qu’André arrive aux portes de l’enfer concentrationnaire. En ce « Vendredi Saint » 1943, André passe sous l’aigle siglé de la croix-gammée. André entre dans un autre monde.
 
« Devant la porte centrale, dès l'entrée, les « bordels » des SS sautent à l’œil... Comme un dernier pied-de-nez, je me mets à siffloter un air français alors que nous passons la porte centrale. Soudain, l'une de ces jeunes femmes me demande d'approcher. On sait ce que ces malheureuses jeunes filles font, du fait qu'elles soient toujours maquillées avec leur cigarette devant les « bâtiments » des SS. « Je suis de Nancy, et vous ? » me demande-t-elle ; « Moi aussi ! ». Cette pauvre fille de 24 ans, était de la rue Isabelle, mois celle du Maréchal Oudinot, à quelques pas à peine ! Nous nous promettons de nous revoir après-guerre, ce qui n’adviendra pas : trop « souillées », les filles du bordel ne sont plus assez « fraîches », ainsi, les SS liquident tous les mois « la viande » pour les remplacer. Chaque mois, de nouvelles filles se retrouvent au bordel, elles sont traitées comme des animaux, on ne peut pas mettre de mot là-dessus. Pourtant, j'espère toujours pouvoir la retrouver, un jour ou l'autre... Départ pour la quarantaine... »
 
Transféré dans plusieurs kommandos de Mauthausen, Wiener-Neustadt en juin 1943, pour la construction de V2, Schlier-Redl Zipf en octobre 1943 puis Ebensee en mai 1944. « Des mines entières explosent et avec elles, mes camarades... Nous ne pesons en moyenne que trente kilos alors que nous portons des machines en pesant vingt ! On ne sabote pas, plus du moins, on ne peut pas se le permettre, quelle torture les SS nous infligeraient ? Un jour, face à nous, un grand câble est tendu, avec sept jeunes enfants juifs pendus par les pieds, en train d'agoniser : un spectacle cruel, que jamais un être humain ne devrait voir... »
 
Dans les derniers mois précédant la libération, les morts s’accumulent par milliers à Ebensee. André est libéré le 5 mai 1945, rapatrié à Longuyon, il a 25 ans et toute la vie devant lui.
 
Auprès de son épouse Jeanne, mille aventures jalonneront sa vie : c’est dans la vie circassienne qu’il s’épanouira, traversant toutes les routes européennes. « Auprès de mon épouse Jeanne, j'ai fait du spectacle toute ma vie ! Nous avons été illusionnistes, jongleurs, magiciens... Des heures sur les routes du continent pour monter nos chapiteaux où les enfants se pressaient... Quand je suis parti travailler en Allemagne, on me disait : « André Monchablon, c'est le coup de poing dans la gueule ! » en référence à mon « retour » en Allemagne ! »
 
Un dernier combat commence à l’heure de la retraite, celui de la mémoire : devenu un inlassable témoin, André possédait les clés du Mémorial de la Déportation de Toulon, " qui renferme les cendres et les larmes de milliers de mes camarades..."
 
 
L'UNADIF-FNDIR présente ses plus sincères condoléances à toute sa famille.
 
 
 
 
 
Illustration : André Monchablon en 2019 (photo D.R. N. Verriest)